Dzahadjou, trois ans après : ce que l’école a changé pour tout un village
En juillet 2022, la Maison des Enfants Lumières ouvrait ses portes à Dzahadjou avec 14 enfants et beaucoup d’espoir. Trois ans plus tard, 86 élèves s’y retrouvent chaque matin. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. L’histoire vraie, c’est celle d’un village qui a changé de regard sur l’éducation, sur ses enfants, sur ses femmes et sur son avenir.
Dzahadjou avant juillet 2022 : un village sans école de proximité
Dzahadjou est un village du nord de Badjini Est, en Grande Comore. Village rural, éloigné des grands axes, ses habitants vivent principalement de l’agriculture, de la pêche et du petit commerce. Avant l’ouverture de la Maison des Enfants Lumières, les enfants qui voulaient être scolarisés avaient peu d’options accessibles : soit les familles s’organisaient pour envoyer leurs enfants dans les écoles de villages voisins — souvent à plusieurs kilomètres, parfois sans transport fiable — soit ils restaient à la maison, faute d’alternative.
La conséquence directe : un taux de scolarisation précoce très faible, notamment chez les enfants de moins de 6 ans, et une scolarisation des filles particulièrement fragilisée. Dans une famille qui doit faire des choix, le garçon passe souvent avant la fille. Et l’enfant le plus jeune attend.
Six dimensions d’un impact qui dépasse les murs de l’école
L’impact d’une école dans un village rural ne se mesure pas seulement au nombre d’élèves. Il se mesure aux transformations silencieuses qui se produisent dans les familles, dans les habitudes, dans les ambitions. Voici les six dimensions que nous avons observées à Dzahadjou depuis 2022.
Le changement le plus immédiat est aussi le plus évident : des enfants qui n’allaient pas à l’école vont maintenant à l’école. En octobre 2022, 14 pionniers. En octobre 2025, 86. Cette croissance de 514 % en trois ans n’est pas le fruit d’une campagne de communication — c’est le fruit de la confiance. Les familles ont vu les progrès des premiers inscrits, elles ont entendu les enfants revenir à la maison en chantant des comptines en français, elles ont assisté à la fête de fin d’année. Et elles se sont dit : notre enfant mérite aussi ça.
C’est l’un des impacts les moins visibles mais les plus profonds. Avant l’école, la garde des jeunes enfants incombait presque exclusivement aux mères — les empêchant de travailler, de se former, ou simplement de disposer de quelques heures à elles le matin. Depuis l’ouverture de la MEL, des mères de Dzahadjou peuvent aller au marché, cultiver leur jardin, rejoindre une activité collective, ou chercher un emploi pendant que leurs enfants sont en sécurité à l’école.
En 2022, parmi les 14 premiers inscrits, les filles représentaient moins d’un tiers des effectifs — un chiffre qui reflète les réalités culturelles d’un village rural comorien où l’éducation des garçons est historiquement prioritaire. Trois ans plus tard, la part des filles a progressé pour atteindre 37 %. Ce chiffre peut sembler modeste, mais dans ce contexte il représente une évolution culturelle significative.
La Maison des Enfants Lumières emploie aujourd’hui 8 personnes de la communauté locale : trois enseignantes, trois assistants d’éducation, un assistant de direction, et deux cuisinières. Ces emplois sont directs, stables et qualifiés — les enseignantes suivent des formations régulières à la pédagogie Montessori et à la pédagogie par la nature. Dans un village où l’emploi salarié formel est rare, cela représente un impact économique local significatif.
L’école n’est pas seulement un lieu où les enfants apprennent. C’est devenu un point d’ancrage social pour tout le village. Les fêtes de fin d’année réunissent les familles, les parents s’impliquent dans la vie de l’école, des liens se créent entre des foyers qui ne se fréquentaient pas. L’école a créé une nouvelle dynamique collective à Dzahadjou — un espace partagé dont les habitants sont collectivement fiers.
Grâce aux parrainages, à la newsletter de l’association, aux articles publiés sur le site et aux partenariats institutionnels comme Lumin’Îles, Dzahadjou est sorti de l’anonymat. Des familles en France et en Suisse connaissent ce village, suivent ses enfants, s’intéressent à son avenir. Des institutions comme l’AFD et Expertise France y ont porté leur regard. Ce n’est pas anodin : être visible, être soutenu, être accompagné — c’est aussi une forme d’impact qui nourrit la fierté et l’ambition d’une communauté.
La transformation de Dzahadjou, étape par étape
Une ancienne maison dégradée au cœur de Dzahadjou est réhabilitée de fond en comble. Toiture, murs, sol, fenêtres — tout est refait grâce aux dons des premiers soutiens. Le village voit l’école se construire devant ses yeux. Le signal est fort : quelqu’un croit en nous.
La première classe ouvre avec 14 enfants en petite section de maternelle. Les parents hésitants observent. Les enfants rentrent le soir en parlant de leurs activités, de leurs nouvelles amies, de ce qu’ils ont appris. En quelques semaines, les familles sceptiques deviennent curieuses.
Face à la demande croissante, une deuxième salle de classe est rénovée. 25 enfants sont désormais accueillis. C’est aussi l’année du lancement du programme de parrainage — la preuve que l’école est là pour durer, et que des gens loin de Dzahadjou croient suffisamment au projet pour le financer mois après mois.
La MEL accueille désormais toutes les sections de maternelle et les premiers niveaux du primaire. Les premières sorties scolaires — dont la visite de Salsabil — montrent aux enfants que l’école n’est pas un monde à part mais une fenêtre sur leur île et leur avenir.
Avec 86 élèves dont 63 nouveaux inscrits, la MEL devient un acteur éducatif incontournable de la région de Badjini Est. Une troisième classe est ouverte en primaire CE1-CE2. L’équipe pédagogique s’agrandit. Le village n’imagine plus Dzahadjou sans son école.
Le partenariat avec l’AFD et Expertise France dans le cadre du projet Lumin’Îles est officiellement lancé à Moroni. La MEL est reconnue comme un modèle d’éducation précoce aux Comores. Dzahadjou n’est plus seulement un village — c’est un exemple.
Dzahadjou en images
Ce que les habitants de Dzahadjou en disent
« Avant, pour mettre mon fils à l’école, je devais l’accompagner loin et revenir le chercher. Maintenant il part tout seul le matin. Il est fier. Moi aussi je suis fier. »
« Depuis que ma fille est à la MEL, elle me pose des questions sur tout. Hier elle m’a demandé comment fonctionnait l’eau du robinet. Je n’avais pas la réponse. Elle m’a dit qu’elle allait chercher dans ses livres. »
« Au début, les parents me regardaient avec méfiance. Cette façon d’apprendre par le jeu, sans tableau noir, sans punition — ils ne comprenaient pas. Maintenant ce sont eux qui viennent me demander des activités à faire à la maison avec leurs enfants. »
« Ce que nous avons construit à Dzahadjou n’est pas seulement une école. C’est un point de départ — pour les enfants, pour leurs mères, et pour tout un village qui commence à croire que l’avenir peut se construire ici, maintenant, avec ce que nous avons. »
Les défis qui restent devant nous
Dire que l’impact est réel ne signifie pas que tout est résolu. À Dzahadjou, des défis structurels persistent, et la MEL ne peut pas les adresser seule — mais elle peut contribuer à les atténuer, projet après projet.
La parité filles-garçons
37 % de filles, c’est une progression, mais ce n’est pas la parité. Dans certaines familles, des résistances culturelles persistent — la peur de voir sa fille prendre trop d’indépendance, la priorité donnée aux garçons quand les ressources sont limitées. L’école travaille à convaincre, famille par famille, que l’éducation d’une fille est un investissement pour toute la communauté.
L’accès pour les familles les plus pauvres
Même à 25 € par mois, certaines familles de Dzahadjou ne peuvent pas payer l’écolage régulièrement. Le programme de parrainage couvre 9 enfants aujourd’hui — nous visons 20 dans les deux prochaines années. Chaque parrain supplémentaire est un enfant de plus qui reste à l’école.
La continuité scolaire au-delà de la MEL
Que se passe-t-il quand les enfants de la MEL terminent le primaire ? Sans école secondaire de proximité, le risque d’abandon scolaire reste élevé, surtout pour les filles. C’est un défi systémique que l’association suit de près, en lien avec les autorités éducatives comoriennes.
Ce que Dzahadjou pourrait devenir
Si les projets en cours aboutissent, les prochaines années transformeront encore plus profondément le visage éducatif et social de Dzahadjou.
Première crèche du village, destinée aux enfants de moins de 3 ans. Des mères libérées plus tôt, des enfants stimulés plus jeunes.
Extension progressive jusqu’au CM2 — un parcours complet de 0 à 11 ans sans quitter le village. Un ancrage éducatif durable.
Ce que nous construisons à Dzahadjou pourrait inspirer d’autres villages de Grande Comore — une école, puis une autre, puis une autre.
25 € financent la scolarité d’un enfant pendant un mois. 300 € couvrent une année complète. 3 000 € permettent d’ouvrir et d’équiper une nouvelle salle de classe. 11 742 € — c’est ce que la communauté de soutiens de la MEL a donné depuis 2022. C’est ce qui a permis tout ce qui précède.
Faites partie de la prochaine
étape de Dzahadjou
La crèche, le CM2, la parité filles-garçons — chacun de ces objectifs se construit don après don, parrainage après parrainage. Rejoignez les 23 soutiens qui font avancer ce village.


