Dzahadjou, trois ans après

🏡 Impact local · 2026 · 12 min de lecture

Dzahadjou, trois ans après : ce que l’école a changé pour tout un village

En juillet 2022, la Maison des Enfants Lumières ouvrait ses portes à Dzahadjou avec 14 enfants et beaucoup d’espoir. Trois ans plus tard, 86 élèves s’y retrouvent chaque matin. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. L’histoire vraie, c’est celle d’un village qui a changé de regard sur l’éducation, sur ses enfants, sur ses femmes et sur son avenir.

86
Enfants scolarisés
Rentrée 2025–2026
6×
Croissance en 3 ans
De 14 à 86 élèves
8
Emplois locaux créés
Enseignants et personnel
37%
De filles scolarisées
En progression constante

Dzahadjou avant juillet 2022 : un village sans école de proximité

Dzahadjou est un village du nord de Badjini Est, en Grande Comore. Village rural, éloigné des grands axes, ses habitants vivent principalement de l’agriculture, de la pêche et du petit commerce. Avant l’ouverture de la Maison des Enfants Lumières, les enfants qui voulaient être scolarisés avaient peu d’options accessibles : soit les familles s’organisaient pour envoyer leurs enfants dans les écoles de villages voisins — souvent à plusieurs kilomètres, parfois sans transport fiable — soit ils restaient à la maison, faute d’alternative.

La conséquence directe : un taux de scolarisation précoce très faible, notamment chez les enfants de moins de 6 ans, et une scolarisation des filles particulièrement fragilisée. Dans une famille qui doit faire des choix, le garçon passe souvent avant la fille. Et l’enfant le plus jeune attend.

Avant 2022
Pas d’école maternelle dans le village
Trajets de plusieurs km pour scolariser un enfant
Filles souvent maintenues à la maison
Pas d’emploi pédagogique local
Pas d’espace collectif dédié aux enfants
Mères sans possibilité de travailler le matin
Aujourd’hui — 2026
École maternelle et primaire ouverte dans le village
86 enfants scolarisés à 5 minutes à pied
37 % de filles, en hausse chaque année
8 emplois locaux créés (enseignants et personnel)
Espace scolaire réhabilité, sûr et accueillant
Des mères libérées le matin pour travailler

Six dimensions d’un impact qui dépasse les murs de l’école

L’impact d’une école dans un village rural ne se mesure pas seulement au nombre d’élèves. Il se mesure aux transformations silencieuses qui se produisent dans les familles, dans les habitudes, dans les ambitions. Voici les six dimensions que nous avons observées à Dzahadjou depuis 2022.

01
🎓
L’accès à l’éducation pour tous les enfants du village

Le changement le plus immédiat est aussi le plus évident : des enfants qui n’allaient pas à l’école vont maintenant à l’école. En octobre 2022, 14 pionniers. En octobre 2025, 86. Cette croissance de 514 % en trois ans n’est pas le fruit d’une campagne de communication — c’est le fruit de la confiance. Les familles ont vu les progrès des premiers inscrits, elles ont entendu les enfants revenir à la maison en chantant des comptines en français, elles ont assisté à la fête de fin d’année. Et elles se sont dit : notre enfant mérite aussi ça.

73 % des 86 élèves de la rentrée 2025 sont de nouveaux inscrits — preuve que la demande est vivante et croissante, sans aucune démarchage de la part de l’association.
02
👩‍💼
L’émancipation économique des mères

C’est l’un des impacts les moins visibles mais les plus profonds. Avant l’école, la garde des jeunes enfants incombait presque exclusivement aux mères — les empêchant de travailler, de se former, ou simplement de disposer de quelques heures à elles le matin. Depuis l’ouverture de la MEL, des mères de Dzahadjou peuvent aller au marché, cultiver leur jardin, rejoindre une activité collective, ou chercher un emploi pendant que leurs enfants sont en sécurité à l’école.

Dans le cadre du partenariat Lumin’Îles avec l’AFD et Expertise France, cet impact sera renforcé et documenté — la MEL servant de modèle pour l’accompagnement des femmes aux Comores.
03
👧
La scolarisation progressive des filles

En 2022, parmi les 14 premiers inscrits, les filles représentaient moins d’un tiers des effectifs — un chiffre qui reflète les réalités culturelles d’un village rural comorien où l’éducation des garçons est historiquement prioritaire. Trois ans plus tard, la part des filles a progressé pour atteindre 37 %. Ce chiffre peut sembler modeste, mais dans ce contexte il représente une évolution culturelle significative.

L’école joue un rôle de démonstration : quand les parents voient leur fille progresser, apprendre à lire et à compter, s’épanouir — les résistances s’effacent progressivement. Chaque fille inscrite ouvre la porte à la suivante.
04
💼
La création d’emplois locaux et qualifiés

La Maison des Enfants Lumières emploie aujourd’hui 8 personnes de la communauté locale : trois enseignantes, trois assistants d’éducation, un assistant de direction, et deux cuisinières. Ces emplois sont directs, stables et qualifiés — les enseignantes suivent des formations régulières à la pédagogie Montessori et à la pédagogie par la nature. Dans un village où l’emploi salarié formel est rare, cela représente un impact économique local significatif.

L’ouverture de la crèche prévue en 2026 créera au minimum 2 emplois supplémentaires dans le village.
05
🤝
La naissance d’un espace de cohésion communautaire

L’école n’est pas seulement un lieu où les enfants apprennent. C’est devenu un point d’ancrage social pour tout le village. Les fêtes de fin d’année réunissent les familles, les parents s’impliquent dans la vie de l’école, des liens se créent entre des foyers qui ne se fréquentaient pas. L’école a créé une nouvelle dynamique collective à Dzahadjou — un espace partagé dont les habitants sont collectivement fiers.

Plusieurs parents d’élèves sont devenus des relais actifs de l’association dans le village, aidant à identifier les familles dans le besoin et à accompagner les nouvelles inscriptions.
06
🌍
Un nouveau rapport de Dzahadjou au monde extérieur

Grâce aux parrainages, à la newsletter de l’association, aux articles publiés sur le site et aux partenariats institutionnels comme Lumin’Îles, Dzahadjou est sorti de l’anonymat. Des familles en France et en Suisse connaissent ce village, suivent ses enfants, s’intéressent à son avenir. Des institutions comme l’AFD et Expertise France y ont porté leur regard. Ce n’est pas anodin : être visible, être soutenu, être accompagné — c’est aussi une forme d’impact qui nourrit la fierté et l’ambition d’une communauté.

La MEL reçoit aujourd’hui des demandes de familles de villages voisins souhaitant inscrire leurs enfants — preuve que le rayonnement dépasse les frontières de Dzahadjou.

La transformation de Dzahadjou, étape par étape

🌱
Juillet 2022
Un bâtiment, un espoir

Une ancienne maison dégradée au cœur de Dzahadjou est réhabilitée de fond en comble. Toiture, murs, sol, fenêtres — tout est refait grâce aux dons des premiers soutiens. Le village voit l’école se construire devant ses yeux. Le signal est fort : quelqu’un croit en nous.

📚
Octobre 2022
Les 14 pionniers

La première classe ouvre avec 14 enfants en petite section de maternelle. Les parents hésitants observent. Les enfants rentrent le soir en parlant de leurs activités, de leurs nouvelles amies, de ce qu’ils ont appris. En quelques semaines, les familles sceptiques deviennent curieuses.

🏫
2023
La deuxième classe, la confiance s’installe

Face à la demande croissante, une deuxième salle de classe est rénovée. 25 enfants sont désormais accueillis. C’est aussi l’année du lancement du programme de parrainage — la preuve que l’école est là pour durer, et que des gens loin de Dzahadjou croient suffisamment au projet pour le financer mois après mois.

🎓
2023–2024
56 enfants, deux niveaux, une école qui grandit

La MEL accueille désormais toutes les sections de maternelle et les premiers niveaux du primaire. Les premières sorties scolaires — dont la visite de Salsabil — montrent aux enfants que l’école n’est pas un monde à part mais une fenêtre sur leur île et leur avenir.

🚀
Octobre 2025
86 élèves : le tournant

Avec 86 élèves dont 63 nouveaux inscrits, la MEL devient un acteur éducatif incontournable de la région de Badjini Est. Une troisième classe est ouverte en primaire CE1-CE2. L’équipe pédagogique s’agrandit. Le village n’imagine plus Dzahadjou sans son école.

🌟
Février 2026
Lumin’Îles : Dzahadjou sur la carte régionale

Le partenariat avec l’AFD et Expertise France dans le cadre du projet Lumin’Îles est officiellement lancé à Moroni. La MEL est reconnue comme un modèle d’éducation précoce aux Comores. Dzahadjou n’est plus seulement un village — c’est un exemple.

Dzahadjou en images

École avant rénovation 2022
École après rénovation
Enfants à la MEL
Activité pédagogique
Matériel pédagogique Montessori
Apprentissage des quantités

Ce que les habitants de Dzahadjou en disent

👨

« Avant, pour mettre mon fils à l’école, je devais l’accompagner loin et revenir le chercher. Maintenant il part tout seul le matin. Il est fier. Moi aussi je suis fier. »

Père d’élève — Dzahadjou, 2025
👩

« Depuis que ma fille est à la MEL, elle me pose des questions sur tout. Hier elle m’a demandé comment fonctionnait l’eau du robinet. Je n’avais pas la réponse. Elle m’a dit qu’elle allait chercher dans ses livres. »

Mère d’élève — Dzahadjou, 2025
👩‍🏫

« Au début, les parents me regardaient avec méfiance. Cette façon d’apprendre par le jeu, sans tableau noir, sans punition — ils ne comprenaient pas. Maintenant ce sont eux qui viennent me demander des activités à faire à la maison avec leurs enfants. »

Enseignante référente — Maison des Enfants Lumières, 2024

« Ce que nous avons construit à Dzahadjou n’est pas seulement une école. C’est un point de départ — pour les enfants, pour leurs mères, et pour tout un village qui commence à croire que l’avenir peut se construire ici, maintenant, avec ce que nous avons. »

Anzilati SAIDOU — Présidente, Les Enfants Lumières

Les défis qui restent devant nous

Dire que l’impact est réel ne signifie pas que tout est résolu. À Dzahadjou, des défis structurels persistent, et la MEL ne peut pas les adresser seule — mais elle peut contribuer à les atténuer, projet après projet.

La parité filles-garçons

37 % de filles, c’est une progression, mais ce n’est pas la parité. Dans certaines familles, des résistances culturelles persistent — la peur de voir sa fille prendre trop d’indépendance, la priorité donnée aux garçons quand les ressources sont limitées. L’école travaille à convaincre, famille par famille, que l’éducation d’une fille est un investissement pour toute la communauté.

L’accès pour les familles les plus pauvres

Même à 25 € par mois, certaines familles de Dzahadjou ne peuvent pas payer l’écolage régulièrement. Le programme de parrainage couvre 9 enfants aujourd’hui — nous visons 20 dans les deux prochaines années. Chaque parrain supplémentaire est un enfant de plus qui reste à l’école.

La continuité scolaire au-delà de la MEL

Que se passe-t-il quand les enfants de la MEL terminent le primaire ? Sans école secondaire de proximité, le risque d’abandon scolaire reste élevé, surtout pour les filles. C’est un défi systémique que l’association suit de près, en lien avec les autorités éducatives comoriennes.

Ce que Dzahadjou pourrait devenir

Si les projets en cours aboutissent, les prochaines années transformeront encore plus profondément le visage éducatif et social de Dzahadjou.

🌱
2026
La crèche ouvre ses portes

Première crèche du village, destinée aux enfants de moins de 3 ans. Des mères libérées plus tôt, des enfants stimulés plus jeunes.

📚
2027
Le CM2 à Dzahadjou

Extension progressive jusqu’au CM2 — un parcours complet de 0 à 11 ans sans quitter le village. Un ancrage éducatif durable.

🌍
2028
Un modèle exportable

Ce que nous construisons à Dzahadjou pourrait inspirer d’autres villages de Grande Comore — une école, puis une autre, puis une autre.

💡 Ce que chaque don permet concrètement

25 € financent la scolarité d’un enfant pendant un mois. 300 € couvrent une année complète. 3 000 € permettent d’ouvrir et d’équiper une nouvelle salle de classe. 11 742 € — c’est ce que la communauté de soutiens de la MEL a donné depuis 2022. C’est ce qui a permis tout ce qui précède.

Faites partie de la prochaine
étape de Dzahadjou

La crèche, le CM2, la parité filles-garçons — chacun de ces objectifs se construit don après don, parrainage après parrainage. Rejoignez les 23 soutiens qui font avancer ce village.

Impact local Dzahadjou Comores Éducation rurale Émancipation des femmes Scolarisation des filles Emploi local Développement communautaire Lumin’Îles AFD

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